Patanjali et les yoga sutras

mai 25, 2016 Marie-Eve Millioz 0 Commentaires

Lors de vos cours de yoga vous avez probablement entendu parler des Yoga-Sutra de Patanjali.
Patanjali est un hindou Vedanta
Les Yoga Sutras sont une codification du yoga résumée en 195 aphorismes.

On donne Patanjali comme auteur car ce serait lui au 3ème siècle qui aurait compilé les Yoga Sutras et les a regroupés en huit parties. Mais les Yoga-sutras s'étendent sur plusieurs siècles. Les autorités pensent donc qu'il y a plus d'un auteur écrivant sous ce nom. On a retrouvé, sous ce nom, des œuvres importantes sur L'Ayurveda (l'ancien système indien de la médecine) et la grammaire sanskrite.

En mythologie, Patanjali serait tombé du ciel sous la forme d'un petit serpent, et serait arrivé dans les paumes ouvertes de sa mère virginale.

Aujourd'hui Patanjali est reconnu comme le père du yoga. Il explique que le yoga n'est pas seulement des postures mais une façon de vivre une vie meilleure à travers le yoga. Il nous invite à découvrir ce que nous sommes vraiment, c'est à dire tout ce qui est caché sous nos conditionnements, nos pensées, notre ego, en somme le fonctionnement de notre mental. Quand nous comprenons pourquoi nous fonctionnons de telle ou telle façon qui nous fait souffrir, nous atteignons un niveau de liberté. C'est grâce à une pratique régulière que nous nous allégeons.

Parmi tous les autres moyens habiles qu'il énumère, Patanjali trace un chemin en huit étape trouvé ici



ASHTANGA YOGA


Le yoga des huit membres (ashta, huit, anga, membre), ou les huit piliers, étapes, du yoga.

"Tels des perles enfilées sur un fil, ils forment un précieux collier, un diadème de connaissance fulgurante. Comprendre leur message et le mettre en pratique permet la transformation de tout l'être en une personne hautement cultivée et civilisée, rare et bénéfique." (Sri B.K.S. Iyengar)

1/ Les cinq Yamas, l'éthique, moyens habiles, ou actions justes, grandes lois universelles, non liées à l'époque ou au lieu. Ils témoignent du respect de soi-même et d'autrui et initient à cette dimension fondamentale qu'est la compassion, l'amour inconditionnel et universel. Brièvement résumées, ces cinq règles de vie sociale comprennent

Ahimsa : La non-violence, le respect et la protection de toute vie.
Satya : La vérité, la parole juste, allant de la vérité à l'abstention de tout bavardage futile, source trop souvent ignorée d'agitation mentale.
Asteya : Le respect de la propriété d'autrui, allant jusqu'à ne pas s'approprier ce qui ne nous a pas été donné.
Brahmacharya: Pour l'homme du monde, une conduite sexuelle consciente et respectueuse établie dans une relation à long terme. Pour le renonçant, l'abstinence complète, destinée à transcender l'énergie sexuelle en énergie spirituelle.
Aparigraha : La sobriété, c'est-à-dire le vœu de ne pas consommer plus que ses besoins et de s'abstenir de ce qui trouble l'esprit, comme les drogues, dont l'alcool. A ce chapitre et pour notre époque, le maître vietnamien Thich Nhat Hanh ajoute la modération dans ces médias qui envahissent notre vie (internet, presse, radio, télévision, etc).

Exprimés différemment, les cinq yamas recoupent donc notre décalogue. Ils se résument en "Vie simple, pensée élevée".

2/ Les cinq Niyamas, qualités personnelles à retrouver en soi. Début de maîtrise de l'esprit ou mental.

Saucha : Pureté (de la pensée, des actes, des actions).
Samtosa : Contentement. Désire tout ce que tu as et tu auras tout ce que tu désires.
Tapas : Feu de la discipline qui consume notre vieille nature obscure et ignorante. Ardeur spirituelle, intrépidité joyeuse sur la voie.
Svadhyaya : Étude de soi à travers les textes sacrés, pour retrouver son maître intérieur.
Isvara Pranidhana : Abandon à Ishvara, Dieu ou conscience suprême.

Ces deux premières étapes instaurent un début d'apaisement du mental en nous permettant de vivre consciemment passions et instincts sans plus en être les jouets. Notre vie devient vertueuse (non au sens moral, mais dans la mesure où nous apportons du bien).

3/ Asana, les postures, qui purifient le corps pour en faire un bon serviteur plutôt qu'une source de tourments et qui ramènent l'esprit, si souvent ailleurs dans l'espace et le temps, dans l'ici et maintenant de la réalité des sensations.

Que ce corps redevienne le temple de l'esprit.

4/ Pranayama, purification de prana, l'énergie, par le biais de la respiration et de l'attention. Mais une respiration autrement plus puissante et subtile que celle qui nous habite ordinairement et caractérisée par de très longues apnées; et une attention sans commune mesure avec celle que nous connaissons, capable de réveiller et d'harmoniser les énergies dans tout l'être.

5/ Pratyahara, retrait ou maîtrise des sens

Ces cinq premières étapes allègent considérablement, mais pas totalement encore, les contraintes du monde extérieur pour nous permettre de plonger avec infiniment moins de distractions à l'intérieur de nous-même. De nombreux voiles du mental sont tombés, laissant poindre toujours plus l'Homme authentique.

Le yoga est le plus souvent connu sous l'appellation de Hatha-Yoga. Ha signifie soleil et symbolise l'énergie créatrice, réalisatrice, masculine, etc. Tha veut dire lune et symbolise l'énergie réceptive, féminine, l'intelligence profonde, la sensibilité, la faculté d'intériorisation, etc. Le terme yoga vient de la racine sanscrite yuj qui signifie lier, unir, attacher, atteler sous le joug ou diriger et concentrer son attention, ou encore utiliser et mettre en pratique.

Hatha-Yoga signifie donc union du soleil et de la lune ou équilibre des énergies et qualités qu'ils symbolisent.

Les cinq premières étapes décrites jusqu'ici constituent la phase évolutive, solaire, Ha. Elles font culminer l'être au sommet de ses possibilités d'action. La phase involutive, lunaire, Tha, peut alors être abordée plus radicalement avec les trois dernières étapes.

" Le corps est le fondement de notre croissance spirituelle (Ha). Mais non sa fin. Continuez à vous élever toujours plus vers la joie suprême, celle de l'âme (Tha)". (Amrit Desai).

La quête de la connaissance illuminante, de la paix et de la joie se poursuit dès lors à travers:

6/ Dharana, la concentration, décrite comme un flot de conscience toujours plus continu sur l'objet d'attention choisi, qu'il soit souffle (le plus fréquemment), flamme de bougie, mantra (répétition d'une syllabe - OM par exemple - ou d'une sentence sacrée), perceptions sensorielles (images, contacts, sons, odeurs, goûts), sensations émotionnelles ou psychiques, ambiances intérieures, pensées, centres d'énergie, ou autres.

Ainsi concentrée, l'attention rencontre de moins en moins de fluctuations. Celles-ci sont toujours plus courtes et toujours plus vite repérées.

Quand la concentration ne connaît plus de distractions elle devient :

7/ Dhyana, méditation. A ce stade, l'observateur est encore conscient de lui-même. Il garde la notion d'une séparation, d'une dualité entre l'observateur et l'observé. La méditation s'approfondissant, l'esprit accède à un nouvel état, samyama, la perception directe, irradiation de la conscience mentale par la lumière de la spiritualité, qui offre la réalisation que toute chose s'apparente à la même Énergie créatrice, que nous ne sommes pas des individus séparés, isolés, que nous participons de manière à la fois insignifiante et essentielle au jeu de l'Univers. L'ego est alors pratiquement aboli, de même que les imprégnations du passé (vasanas). Un être neuf se profile pour naître, ou plutôt renaître, à sa nature originelle, parfaite. La métamorphose sera parachevée au cours de l'ultime étape :

8/ Samadhi, purification définitive du mental, libération des contraintes de ce monde, union à Ishvara (Dieu) ou au Tout, connaissance suprême (antidote de l'ignorance, cause première de la souffrance), nirvana, bonheur hors de toute cause ou condition.

Paix, Joie, Harmonie véritables.

Patanjali souligne dès le début du chapitre dédié à la Sadhana, la pratique, que pour s'y engager avec succès il convient d'avoir déjà abordé le développement de trois qualités regroupées sous le terme de :

Kriyayoga

-La discipline (tapas), en rapport avec la volonté.

-L'étude profonde des textes de sagesse relatifs au yoga (svadhyaya), en rapport avecla sagesse.

-L'abandon à Isvara, Dieu ou Conscience suprême (isvara pranidhana), en rapport avec les émotions.

On pourrait résumer ce cheminement comme un raffinement toujours plus poussé, mais harmonieux, naturel, organique, de l'attention, qualité essentielle : d'abord tournée vers l'art de vivre (Yamas, Niyamas), elle se développe dans l'observation du corps (Asanas, Pranayama, Pratyahara) pour se parfaire en s'absorbant finalement exclusivement dans la contemplation de l'esprit (Dharana, Dhyana, Samadhi, étapes souvent regroupées sous l'appellation de Raja Yoga).

Il faut souligner, que la carte n'est pas le paysage. Que ces techniques ne sont que des exercices, que des formes. Qu'elles ne sont pas la connaissance même, mais indiquent simplement la voie du travail personnel. "La pratique ne peut se faire qu'au fond de votre cœur". Il y a là une difficulté majeure, tant il est vrai que la plupart de ces notions correspondent à des états de conscience qui nous sont encore inconnus et qu'elles restent abstraites tant qu'elles ne sont qu'intellectuelles. Pourtant, pour qui affermit sa motivation, développe son ardeur spirituelle, elles éveillent une voix intérieure qui en fait pressentir la vérité.

Il est important aussi de se rendre compte de la vastitude de ce cheminement; comme il est bon de se rappeler qu'il était proposé à l'époque à quelques êtres d'exception qui, lorsqu'ils l'entreprenaient, étaient prêts à renoncer joyeusement au monde, à se mettre aux pieds de leur guru (celui qui disperse les ténèbres) pour étancher leur soif de connaissance et d'absolu.

Les temps ont changé. Le yoga est maintenant proposé à tout un chacun. Et bien heureusement, car il est un bienfait pour l'humanité. Qui plus est, le plus souvent, ceux qui le présentent ne sont pas des maîtres, mais des professeurs qui n'en ont qu'une connaissance, sincère, espérons-le, mais partielle. Enfin, les pratiquants n'ont que très exceptionnellement cette motivation radicale des premiers temps. Mais qu'ils se mettent en chemin pour toutes sortes de raisons moins glorieuses certes, mais parfaitement valables (mal de vivre, insomnie, nervosité, maladie, remise en forme, remise en question, etc.), le "miracle du yoga" persiste, en ce sens qu'une démarche bien conduite épure et transforme naturellement ces motivations terre à terre des débuts en une quête toujours plus enthousiaste de la vérité.

De plus, semble-t-il, l'époque, l'ère du Verseau, est propice à cette recherche d'authenticité. L'être aborde, qu'il le veuille ou non, une période de transformation transcendante.

Et le Yoga aussi.

Né en Inde, il n'en est pas moins porteur de vérités universelles. En Occident, il serait bon qu'il se dépouille des aspects culturels liés aux traditions orientales pour se mouler à notre culture et à l'époque, en englobant ce qu'elles ont à lui apporter. Répondant ainsi à la prophétie qui dit "Quand le cheval (le train) et l'oiseau (l'avion) de fer apparaîtront sur la terre, Orient et Occident s'épouseront"

Qu'il intègre nos formes, sans trahir l'esprit.

La vérité demeure, sa forme change. De tous temps, "le sage sait qu'il n'y a qu'un seul Dieu, mais il lui donne plusieurs noms"

Patanjali

Vedanta

ego




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